Laurent Perbos

Laurent Perbos est né en 1971 à Bordeaux. Il vit et travaille à Marseille.

Selon Céline Ghisleri, « on évolue, dans les expositions de Laurent Perbos, dans un monde imaginaire où les objets prennent vie grâce au contre-emploi que l’artiste leur inflige. Un monde dans lequel les choses ont subi une métamorphose autant formelle que philosophique. L’artiste joue avec la nature purement conventionnelle du lien entre le signe et le sens et interroge les rapports que nos idées entretiennent avec les images. » Selon l’artiste lui-même, la série « Eeriness » est un projet qui consiste à donner vie à certaines statues, non pas en animant leur forme, mais plutôt en les dotant d’un sentiment. Celui de la tristesse par exemple, qui pourrait se matérialiser par des larmes qui coulent, ou bien le sentiment de souffrance qui verrait perler des gouttes de sang d’une plaie ouverte.
 « Je n’imagine pas une animation mécanique de ces statues, ni même une représentation picturale des larmes et du sang, mais je vise, plutôt, à les doter d’une émotion réelle. »

Pour la 1re Biennale art nOmad — Sublime de Voyage, Laurent Perbos propose une œuvre de cette série : Livie. Copie en résine d’une Livie dont il ne reste que la tête, elle se présente à nous pleurant sur son socle. Émotion sublime : les larmes accompagnent des moments essentiels de la vie humaine, les deuils, les souffrances intolérables, la mort des proches. Elles ont une fonction de catharsis, témoignent d’un processus vital de rétablissement de l’équilibre psychique de l’organisme, elles participent aussi d’une dimension à la fois individuelle et sociale. Mais la réalité des pleurs de Livie, ici, est celle du vin, un vin rouge qui dégouline en fontaine le long des joues de l’épouse impériale et inonde le socle qui la porte jusqu’au sol. Deuxième femme d’Auguste, le premier des empereurs romains, et mère de Tibère, son successeur, symbole du pouvoir régalien acquis par de rares femmes de l’aristocratie romaine, grande intrigante politique enfin, voici Livie victime d’un curieux miracle, voire détentrice de dons surnaturels. Le vin qui jaillit de ses paupières vient exacerber ce que furent dans la réalité ses pouvoirs, y compris son élévation post mortem au rang de déesse, alors qu’elle ressemble ici, surtout, à une servante déréglée du dieu Bacchus… Le rituel des larmes, pour l’occasion, se voit utilisé à « contre-emploi ». Détourné de sa fonction usuelle de catharsis, il nous inspire une bacchanale insensée, non loin de l’absurde merveilleux, d’un sublime désordre.

Pour en savoir + : http://documentsdartistes.org/artistes/perbos/repro.html

Laurent Perbos : Eeriness (Livie), 2012. Résine polyuréthane, cuivre, métal, pompe immergée, vin, alimentation 220V. 140 x 40 x 40 cm.
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