Myriam Mechita

Myriam Mechita est née en 1974 à Strasbourg. Elle vit et travaille à Paris et Berlin (Allemagne).

L’étrangeté du monde, le manque et le désir, moteurs premier de création, animent l’œuvre de Myriam Mechita d’un souffle parfois violent. La vie et la mort, la souffrance et le plaisir, le noir et la couleur, se heurtent dans ses sculptures, installations et dessins, d’une manière tour à tour sophistiquée et radicale, dans la tradition des vanités. Dans de nombreuses œuvres de l’artiste, les idées (souvent noires) de départ, de mort, d’adieu, sont très présentes, mais comme rattachées à la vie, maintenues en elle, par des liens de peu de poids, fragiles et colorés comme des perles, ou encore des paillettes, des broderies, de la joaillerie… Le travail de Myriam Mechita explore la temporalité et l’illusoire : « Mes productions refusent la solidarité, l’harmonie, la fusion ; je décèle toujours un questionnement sur le temps et son insaisissable fuite. » Le désir de vie et de liberté, l’angoisse de mort imminente se confrontent ainsi dans l’œuvre de Myriam Mechita, fascinée depuis sa plus tendre enfance par la peinture d’un Fra Angelico. Une inspiration qui se concrétisera dans une série intitulée La décapitation de Saint-Côme, où des saints décapités sont « brodés à la paillette ». La terreur, la beauté, la légèreté, la possibilité de l’autodérision aussi : les paillettes et les perles, et qui plus est brodées, symbole ô combien féminin.

Pour la 1re Biennale art nOmad — Sublime de Voyage, Myriam Mechita propose une pièce paradigmatique du désir qui l’anime de cet élan vers l’autre, vers l’ailleurs et vers cette « inquiétante étrangeté » qui poursuit l’artiste et qu’elle poursuit en retour. Des livres et des mains : un livre d’histoire de l’art recouvert de sérigraphies et de constellations, un livre sans texte qui montre les paysages traversés par Ulysse dans l’Odyssée, des paysages qui pour l’essentiel n’existent plus ; et puis des mains, les mains du fils de l’artiste, coulées dans le bronze. Deux pièces qui se répondent en une seule œuvre : le livre et l’espace infini des paysages désormais détruits ou disparus d’une part ; et les mains de l’artiste qui façonnent les mains de son fils, de l’autre. En sculptant les mains de son fils, Myriam Mechita le met au monde une deuxième fois, dans un temps défini, celui de son âge, alors qu’elle-même se situe du côté du livre, du temps perdu déjà mais congelé dans le texte, d’une durée infinie.

Pour en savoir + : http://www.myriammechita.net/

Myriam Mechita : Dans le sillage d’Ulysse, tenir sa route entre ses mains, 2015. Livre, bronze. Dimensions variables.
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