Shaun Gladwell

Shaun Gladwell est né en 1972 à Sydney (Australie). Il vit et travaille à Londres (Angleterre).

Shaun Gladwell est un artiste gymnaste : skateur, surfeur, adepte du parkour ou « art du déplacement », de la performance gestuelle : un artiste du geste souverain, du mouvement comme expression physico-esthétique, du corps instamment sollicité pour donner et risquer le maximum. Ce corps « absolu », Gladwell aime à le pousser et à nous exposer à la limite extrême de la vie et de la mort, comme en témoignait déjà le titre de l’une de ses toutes premières vidéos, Riding with Death (Redux), ou cette autre, à ce jour la plus célébrée de sa production visuelle, Apologies 1-6 (2007-2009), dans laquelle la traversée des routes australiennes équivaut soudain, aux yeux de l’artiste et aux nôtres, à la traversée du Styx.

Shaun Gladwell, artiste « corpopoétique » par excellence : le corps suspendu entre vie et mort, les bras en croix ; le corps machine, le corps motard, le corps virtuose ; le corps combat ; tous les corps possibles naissant d’une création performative constante. Mais, au-delà même du mouvement, Shaun Gladwell est aussi et surtout un artiste de la maîtrise. De la maîtrise du corps, mais pas seulement. Car Gladwell cherche avant tout à constituer une maîtrise du temps. Contrôler le temps est l’une des grandes obsessions de l’artiste australien, qui va et se regarde, tout à la fois dans le mouvement et dans la sidération du temps. Le mouvement du corps, la suspension du temps. Ce qui permet à Shaun Gladwell cette suspension, c’est son aptitude à se voir, tel un objet, quand bien même il est aussi sujet. Gladwell sujet se regarde, de loin, de haut, ralentit le mouvement de cet objet délirant que Gladwell peut être, pour le regarder mieux encore. Une manière de voir et d’être qui conduira l’artiste à revisiter le célèbre Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich. Comme il le dit : « I am me and myself and me and the other; me in my body and me in the world. It’s about duality, complexity, schizophrenia and (dis)integration. »

Pour la 1re Biennale art nOmad — Sublime de Voyage, Shaun Gladwell montrera son autoportrait en Caspar David Friedrich, un autoportrait photographique de petite dimension mais qui n’en reproduit pas moins le sublime de l’original. Comment conduire le spectateur à s’identifier à l’artiste et à regarder le paysage de la montagne à travers ses yeux mêmes.

Shaun Gladwell : Untitled (Wanderer above the sea of fog) [Sans titre (voyageur contemplant une mer de nuages)], 2014. Photographie, papier jet d’encre, 20,5 x 27,5 cm.